Exploitation de la main d’œuvre :
une des dérives de l’industrie de la mode.
Zoom sur les polémiques de 2020

Connaissez-vous Leicester ? Cette petite ville d’Angleterre, plutôt discrète, située dans la région des Miglands. Elle est particulièrement connue comme étant le point central pour y faire du shopping, apparemment le meilleur même dans tout le Royaume. Et sinon, vous devez sûrement avoir entendu parler de Xinjiang ? Cette province située à l’extrême-ouest de la Chine, qui a été très médiatisé depuis la révélation sur l’exploitation des Ouïghours, un peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite.

Minute histoire : Xinjiang signifie littéralement « la nouvelle frontière ». Ce nom fut donné à cette région vers 1760, lors de sa conquête par les Mandchous de la Dynastie Qing

Vous vous demandez sûrement quel est le lien entre Leicester et Xinjiang ? Étonnamment, elles ont vécu une histoire commune sur l’exploitation de la main d’œuvre pour l’industrie de la mode et ont tous deux été au centre de polémique en 2020. Retour sur les faits pour mieux comprendre un des segments de l’industrie de la mode qui a fait beaucoup polémique.

Le cas à Leicester

Le journaliste infiltré Vidhathri Matety dans une des usines de Leicester

« Le scandale social prend de l’ampleur au Royaume-Uni. Jusqu’à 10 000 personnes sont employées dans des conditions proches de l’esclavage dans les ateliers textiles de Leicester, dans le centre de l’Angleterre. »

Durant le premier confinement de la crise sanitaire, toutes les activités devaient être à l’arrêt. Sauf pour cette petite ville d’Angleterre, dans le quartier connus pour abriter de nombreuses usines de confection de vêtements, où des machines à coudre fonctionnaient encore. Pourtant, de l’extérieur, les immeubles ont l’air abandonnés et aurait pu, malheureusement, passer inaperçu jusqu’à ce qu’un journaliste du Sunday Times s’y infiltre et obtient un emploi chez Jaswal Fashions (une des usines de Leicester). Il affirme que son salaire était de 3,50£ de l’heure, soit 3,99€, sachant que depuis le 1er avril 2020, le salaire minimum en Grande-Bretagne pour les salariés de plus de 25 ans est de 8,72£/heure (brut).

Alerté, l’ONG britannique Labour Behind the Label et la National Crime Agency ouvre une enquête et découvre une exploitation de la main d’œuvre (en temps de crise sanitaire). Selon le rapport, environ « 75 à 80 % de la production textile de Leicester » serait destinée aux entrepôts de Boohoo et de ses autres licences comme PrettyLittleThing et Nasty Gal.

Le cas à Xinjiang :

Crédit photo : AFP

Même si on entend beaucoup parlé ces derniers temps, le gouvernement chinois mène une politique de répression depuis 2013 envers les minorités religieuses du peuple des Ouïghours, majoritairement musulmanes, de la région région autonome de Xinjiang. Elle se formalise par une surveillance intrusive, l’assimilation d’une nouvelle culture forcée, ainsi que des travaux forcés, dont une des activités concernent l’industrie textile : les champs de cotons et la conception des vêtements.

Il faut savoir que 20% du coton utilisé dans le monde est cultivé en Chine, dont principalement dans la province du Xinjiang. Des centaines de milliers de Ouïgours sont envoyés de force dans ces champs. La récolte de coton se fait à la main. Un travail forcé bien pénible.

Du côté des usines de confections, l’Institut Australien de Stratégie Politique (ASPI, un organisme public australien qui porte des réflexions sur la défense de leur pays, des options stratégiques et politiques) publie un rapport détaillé (lien à la fin du billet) qui dénonce le travail forcé de 80 000 Ouïghours pour les grandes enseignes internationales comme Zara, Uniqlo, Nike, Adidas, Gap, Apple ou Samsung. Ces détenus auraient été transférés dans des usines « appartenant aux chaînes d’approvisionnement de 83 marques connues mondialement dans la technologie, le textile et l’automobile ».

Les marques doivent-elles être pointés du doigts ?

Les deux cas que je viens de vous présenter sont des faits qui ne relatent pas d’hier. L’exploitation de la main d’œuvre, dans l’industrie textile, existe déjà depuis bien longtemps. Or, aujourd’hui, il est impensable que ces pratiques puissent encore exister… Et pourtant, encore en 2020, ces pratiques toujours d’actualités. La première que je me demande c’est « Pourquoi » ? et « Comment » ?

Pour avoir travaillé dans plusieurs entreprises et spécifiquement dans les Ressources Humaines, mener un changement en interne exige un coût financier et humain assez important et cela demande du temps. Il n’est pas si facile pour une marque de refonder leur chaîne d’approvisionnement pour la rendre plus écolo ou plus éthique. Donc pour faire face à la concurrence et rester sur le marché, les marques investissent davantage sur le marketing et la communication en affichant des mots tendances comme « green », « organic », « écologie », « recyclé », etc…

Par ailleurs, dans l’industrie de la mode et du textile, les pratiques n’ont malheureusement pas beaucoup changé depuis sa révolution industrielle au 18ème siècle. Dans la conception d’un vêtement, le coût le plus élevé est la main-d’oeuvre. C’est un des constats que j’ai pu faire lorsque j’ai lancé ma première collection en septembre dernier (découvrez le billet sur le lancement en cliquant ici).

Pour ces marques, d’autant plus avec une dimension multinationale, elles doivent baisser à tout prix ces coûts de main-d’oeuvre pour respecter son position de prix. Par exemple, si la marque visent les adolescentes de 15/20 ans, sa position de prix sera basé entre 5€ et 30€ pour correspondre aux pouvoir d’achats de leurs clients. Si elles visent des femmes de 40/55 ans, leur position de prix peut être beaucoup plus élevé en fonction de la qualité des produits (haut de gamme, luxe abordable, luxe). Vous visualisez un peu mieux comment cela fonctionne ? Enfaite tout dépend de la cible et de sa position sur le marché. Donc, pour revenir à mon exemple sur les adolescentes de 15/20 ans, afin de rentrer dans une gamme de prix, il faut baisser le coût de la main-d’oeuvre. Pour cela, elles peuvent délocaliser la production dans les pays où le salaire moyen est plus bas, ou bien de travailler avec des usines qui exploitent des salariés.

Que pouvons-nous faire ?

Depuis ces 3 dernières années, il y a une réelle prise de conscience sur les produits que nous consommons. On s’interroge davantage sur la provenance, les matières, la composition, l’impact et honnêtement c’est génial ! D’autant plus que ce mouvement est porté par nous, les consommateurs, et que les marques commencent à changer, ou bien que les nouvelles marquent qui fleurissent y sont de plus en plus sensibles à ces sujets.

Aujourd’hui, à notre échelle, nous pouvons refuser ce genre pratique : en arrêtant de consommer leurs produits. Ce n’est pas évident, car c’est difficile de changer ses habitudes d’achats auprès de tels ou tels marques et donc d’arrêter de les consommer, mais je pense sincèrement que c’est la seule solution. Car, en consommons leurs produits, nous approuvons en quelque sorte ces pratiques. Restons curieux et continuions de nous informer sur les produits que ce soit alimentaire, cosmétique ou vestimentaire.


Nous arrivons à la fin de ce billet. En l’écrivant, je tenais à partager un des segments de sa chaîne d’approvisionnement pour mieux comprendre et avoir conscience de ce qui se passe réellement et ainsi mieux agir par la suite. J’espère qu’il vous a plu, en tout cas, j’ai pris plaisir à l’écrire et de partager mes réflexions avec vous.

D’ailleurs, quelles sont vos impressions? Qu’en pensez-vous ?
Venez me les partager en commentaire que l’on débatte ensemble 😊

Belle journée,

Elodie

Pour aller plus loin :
Rapport de l’ONG Labor Behind the label : https://labourbehindthelabel.net/wp-content/uploads/2020/06/LBL-Boohoo-WEB.pdf
Rapport de l’ASPI sur les Ouïghours (article en anglais ) : https://www.aspi.org.au/report/uyghurs-sale

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